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Philosophies de l’éveil et avant-garde

Patrick Vigneau

Par Rémi Boyer

Patrick Vigneau a longuement pratiqué le Vedanta. S’il appuie sa parole sur les dires de grandes figures du Vedanta, la Vivance, dont-il vient témoigner dans ces pages, s’affranchit des appartenances et des références. Cette « vie consciente, pleinement consciente », cette « présence joyeuse à la vie, suppose, précise Alain Dehaye dans sa préface, un réveil, une transformation, une métamorphose qui nous fait passer d’une vie rêvée, avec ses désirs et ses craintes, ses pulsions et ses rigidités, à une vie vécue sereinement, dans le monde tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit : le monde réel, en Présence, à savoir en plénitude. »

<--break->“/></figure><p><a href=La joie d’être soi, avec Ramana Maharshi de Patrick Vigneau, Editions L’Originel-Charles Antoni.

Il s’agit d’un processus ou d’un ensemble de processus complexes et naturels qui font transformation en tendant à la liberté. Patrick Vigneau évoque l’appel qui se manifeste quand nous sommes prêts pour ce processus :

« Telle une grosse vague capable de nous emporter plus loin. Et si nous ne laissons pas porter par cette vague, une autre viendra, après, plus tard.

En quoi consiste ce processus d’éveil appelé Vivance ?

Nous pouvons dire qu’il implique d’abord un élan vertical, avec un changement fondamental du penser, et du désir (corps astral) et aussi un développement de l’attention. Il a pour but de réveiller un état de conscience qui est déjà là. Il s’agit d’un processus de transformation de la conscience. (…)

Le processus de la vivance permet de faciliter ou d’accélérer cette transformation. Tout d’abord en explorant le chemin de la connaissance de soi. Non pas connaître la personnalité selon des modèles psychologiques. Mais la connaissance de soi, du Soi, qui conduit à la découverte de la Présence.

Présence qui est joie et plénitude. »

Ce processus, dialogue fondamentalement joyeux avec le silence du Soi, implique traditionnellement, une connaissance et une libération de ses conditionnements, une pratique soutenue de l’attention, un abandon, une acceptation de la vie en sa totalité, un art de l’écoute, une reconnaissance de la beauté de toute chose et, insiste Patrick Vigneau, l’amour, essence et manifestation du « feu sacré », qui annonce, prononce, la non-séparation, la traversée des dualités.

« Les enseignements de la non-dualité pointent vers l’esprit. Ils ne sont pas faits pour rassurer, pour réconforter, mais pour bousculer pour remettre de l’ordre dans la conscience.

Souvent il peut y avoir des idées qui choquent, qui dérangent. C’est un des principes de la démarche.

Car il ne s’agit pas uniquement de comprendre quelques concepts très logiques. Mais avant tout de se défaire des blocages mentaux.

Il convient donc de voir clairement nos conditionnements, nos incohérences pour pouvoir s’en libérer.

Les livres aident certes, mais l’accompagnement bienveillant d’un maître ou d’un ami spirituel est précieux. Et là il y a de la place pour la joie, le rire, la vie.

Il faut savoir aussi écouter son cœur, ressentir les mots. Chaque réelle prise de conscience éveille une joie intérieure. Plus on s’approche du réel, plus la joie se libère. »

En fin d’ouvrage, et après un bref détour par les sciences, notamment quantiques, Patrick Vigneau précise ce qu’il entend par les mots « illumination », « éveil », étapes vers la « libération » :

« L’illumination correspond à une expérience où l’ego disparaît, créant un émerveillement intense, une extase. (…)

Mais il n’y a pas de transformation réelle de l’ego. C’est juste une expérience puissante que le mental peut récupérer par la suite. »

« L’Eveil est inséparablement lié à a cessation de l’identification au moi. L’Eveil équivaut à la cessation du chercheur. Cette expérience est aussi provisoire dans sa transcendance (sinon il n’est plus possible de faire quoi que ce soit), mais elle produit une transformation radicale. L’Eveil conduit à la métamorphose de la structure du mental. (…)

Le sens de la dualité, même s’il persiste, va cohabiter avec un arrière-plan plus permanent de non-dualité. »

« La Libération est rare. Et il ne faut pas confondre Eveil et Libération qui ne sont pas du même domaine. (…)

L’être n’a plus de karma. Plus de conditionnements, de résidus mémoriels personnels, plus aucune manifestation de moi, de mien. (…)

La Libération ou Nirvana ou Moksha, met fin à toute perception, conscience, de séparativité, c’est la dissolution de l’être individuel dans l’être suprême, l’Absolu. »

Ce livre est composé, davantage qu’écrit. Une multitude de notes, autant de facettes pétillantes de la vie, se mettent en ordre harmonieux pour célébrer la Vivance, une vie pleinement, absolument, consciente.

Rémi Boyer Incoherism

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Portrait intime de Gurdjieff par Paul Beekman Taylor

G.I. Gurdjieff

Un groupe d’élèves recueillit les propos de Tchesslav sur Gurdjieff

G.I. Gurdjieff

A la mort de Gurdjieff, Tchesslav, qui vivait et travaillait à Paris, forma un groupe d’élèves qui recueillirent les propos de Tchesslav sur Gurdjieff, souvenirs qu’il réécrivit à Formentera lors de sa retraite.
Plusieurs années après sa mort, ses mémoires furent retrouvées dans le grenier de la petite maison de Formentera par l’un de ses amis et élèves, Michel Kalt, qui donna son accord pour cette publication.

Dans le passé les critiques déplorèrent qu’aucun livre sur Gurdjieff n’arrivât à donner une idée exacte de Gurdjieff en tant qu’homme, et qu’il soit toujours présenté comme un mage et un magicien. Tchesslav Tchechovitch a maintenant comblé ce manque. Son livre est un extraordinaire portrait intime de Gurdjieff. On le découvre conteur, docteur, psychologue, homme d’affaires, enseignant, conseiller financier, et ami, dont la générosité d’esprit fut au-delà de la mesure de l’auteur.Tchesslav Tchechovitch, de souche polonaise, est né en Russie en 1895. Il servit comme officier dans l’armée impériale du Tsar pendant la première guerre mondiale, déserta ensuite durant la Révolution Bolchevique et débarqua à Constantinople où il devint l’élève d’Ouspensky, qui lui fit rencontrer Gurdjieff en 1921.

Ouspensky lui fit rencontrer Gurdjieff en 1921.

Depuis ce moment-là, il fréquenta régulièrement le 35 rue Djéménedji à Constantinople où il devint l’ami ainsi que l’élève de Gurdjieff. Il le suivit par la suite à Berlin, à Paris, et au Prieuré d’Avon.
Il fit également partie de la troupe de Gurdjieff lors de prestations aux Etats-Unis en 1924. Pendant l’occupation allemande, il faisait partie d’un petit groupe d’élèves qui participaient au travail de Gurdjieff. A l’Hôpital Américain de Paris où mourut Gurdjieff, il était aussi à ses côtés.

Ces mémoires sont une série d’anecdotes,

en tous les lieux qu’il traversa avec Gurdjieff, entrecoupés de brefs rappels concernant sa propre vie. Tchesslav fut prestidigitateur, athlète de cirque, champion de lutte dans sa jeunesse et un danseur très accompli dans la troupe de Gurdjieff. Je me souviens de son attitude et de sa carrure puissante lorsque je travaillais avec lui dans la cuisine de l’appartement de Gurdjieff au 6 rue des Colonels Renard. Hormis ses talents personnels, ses mémoires se distinguent de celles de Bennett, Nott, Peters et de bien d’autres par une absence de jeux de l’ego.

Tchesslav n’avait aucun axe à défendre

de tranches de vie, d’événements, ni de relations personnelles avec Gurdjieff dont il cherchait à se glorifier. Il décrit ce qu’il expérimentait et ce qui était expérimenté par d’autres, il était seulement un parmi les nombreux amis de Gurdjieff. Car comme il l’explique d’une façon très claire, Gurdjieff considérait chacun comme un ami, jusqu’à ce qu’on le trahit, comme ce fut le cas de Frank Binder et du businessman du Prieuré (dont jamais le nom n’a été prononcé). Dans ces cas-là, et c’est arrivé souvent, Gurdjieff retournait la situation en faisant honte à ses adversaires, leur faisant ainsi prendre conscience de la situation, mais avec générosité. Si grande est la vertu de ne pas frapper un homme à terre, encore plus grande était celle de Gurdjieff qui le relevait.

Le point de vue de Tchesslav fut celui d’un associé proche

qui partageait avec Gurdjieff des points d’expériences culturelles communes ainsi que la langue. Ne cherchez pas les noms des familiers du cercle de Gurdjieff. Tchesslav se rappelle le contact rapide et émouvant qu’il eut avec Katherine Mansfield, il mentionne Orage à l’occasion de l’organisation d’une démonstration de mouvements aux Etats-Unis. Son point de vue reste centré sur Gurdjieff et son cercle familial.
Tout comme ceux qui furent avec Gurdjieff avant de parvenir en France, il était admis dans l’intimité de ce cercle et ses anecdotes sur Gurdjieff sont pleines de détails personnels de même que sur sa famille directe (de sang) et sur sa famille plus éloignée dont je n’avais jusque-là ni lu ni jamais entendu parler. C’est avec chaleur et humour qu’il nous raconte, après son accident de 1924, le douloureux rétablissement de Gurdjieff.. Ainsi que la construction du Study House et des bains sous la direction de Gurdjieff. Finalement l’on découvre que l’identité du travailleur qui, tombé endormi, se balançait d’une façon périlleuse sur les rayons du Study House, n’était autre que Tchesslav.

Tchesslav rapporte mot pour mot ses entretiens

Plus significatif encore pour ceux qui suivent les idées de Gurdjieff, Tchesslav rapporte mot pour mot ses entretiens, souvent en réponse à ses propres questions. L’affirmation faite par Gurdjieff, à savoir que toutes les religions sont différentes expressions d’une religion unique, est largement démontré. Tchesslav expose les méthodes utilisées par Gurdjieff pour réduire les auditeurs à ceux-là seuls qui sont aptes à
comprendre et à répondre à son langage. Il rapporte brièvement l’explication que donne Gurdjieff sur la différence entre l’art subjectif (qui est décoratif) et l’art objectif (dont le contenu a valeur de sens).

Un livre extrêmement intéressant et agréable à lire

Ce que les souvenirs de Tchesslav nous disent de Gurdjieff. sont sa personnification, sa mise en actes et son art de transmettre l’amour. Gurdjieff lui a enseigné que l’homme doit travailler sur lui-même pour être capable d’aimer. Et Tchesslav rend vivant cet amour dans presque toutes les anecdotes qu’il nous conte.

En résumé, il s’agit d’un livre extrêmement intéressant et agréable à lire.

Tu l’aimeras, de Tchesslav Tchechovitch Disponible aux Editions L’Originel-Charles Antoni,

27 rue Linné, 75005, Paris, France.  www.loriginel.com